Personne ne me fera pleurer à cause de Trump


La candidature pour la présidence américaine du magnat de l’immobilier Donald Trump a été le sujet de nombreuses polémiques ces derniers mois. Plus que cela, ses discours et ses idées ont engendré une véritable peur de voir le racisme et l’intolérance triompher dans le pays le plus puissant de la planète. Aussi, la montée de l’extrême-droite en Europe entraîne le même genre de craintes. D’entrée de jeu, je dois reconnaître mon inquiétude face à la dangerosité des propos de ces mouvements politiques, simplement, ce qui m’inquiète davantage est ce fait que je considère désormais incontournable : ceux qui s’opposent le plus bruyamment à Trump et à l’extrême-droite européenne ont bien cherché la situation dans laquelle nous nous retrouvons actuellement.


La politique ne crée pas le pouvoir et les idées, elle les gère


Pour commencer, je crois qu’il est essentiel de clarifier un principe de base en ce qui a trait à la politique : elle n’est pas l’origine du pouvoir, mais bien la gestion de celui-ci. C’est-à-dire que même sans institutions politiques, le pouvoir existerait. En fait, il serait probablement encore pire puisqu’il serait incontrôlé : nous verrions ainsi le plus fort imposer son pouvoir au plus faible, le plus intelligent l’imposer au plus simple, le plus fanatique l’imposer au plus modéré, etc.


Pourquoi est-ce important ici? Simplement parce que ce ne sont pas les candidats ou les partis qui créent les rapports de forces en politique; ceux-ci, au contraire, canalisent les rapports de forces existants dans la société afin de les faire fonctionner à leur avantage. Ils gèrent les idées de pouvoir et leur offrent une place plus ou moins grande dans les institutions pour éviter que celles-ci restent incontrôlées au sein du peuple. Ainsi, les plus grandes catastrophes politiques de l’histoire ont souvent pour cause l’inadéquation entre les idées du peuple et celles représentées dans les institutions. En bref, Trump et l’extrême-droite n’ont pas créé la crainte de l’Autre; celle-ci leur était préexistante et ces mouvements politiques l’ont instrumentalisé dans leurs intérêts. C’est le déni de cet enjeu par les modérés qui a fait en sorte que les extrêmes se sont saisis de celui-ci. L’extrême-droite ne crée pas la peur de l’Autre, elle y répond.


Une époque de craintes et de confusion


Maintenant, je suis bien conscient que les sphères politiques, en cherchant à convaincre le peuple, peuvent alimenter certaines idées. L’extrême-droite peut donc alimenter la peur de l’Autre et l’empirer. Cela dit, le contexte dans lequel nous sommes placés actuellement se suffit à lui-même et n’est pas strictement le fruit de l’alimentation des idées xénophobes par les extrêmes. Nous sommes dans une époque de craintes apocalyptiques alimentées par la crise environnementale. Nous sommes confrontés à des discours conspirationnistes tenaces qui discréditent nos institutions politiques, considérées comme corrompues et omnipotentes. Nous faisons face à une crise guerrière sans précédent au Moyen-Orient qui sème la violence partout dans le monde par le terrorisme. Nous faisons face à la résurgence de puissances concurrentes telles que la Russie et la Chine.


Mais surtout, dans ce climat déjà explosif, nous sommes aux prises avec des systèmes de gestion culturelle qui nient l’identité des sociétés d’accueil occidentales et vont jusqu’à faire des compromis sur des valeurs qui sont les fondements même de ces sociétés laïques, démocratiques et libérales. Trudeau, récemment, est même allé jusqu’à affirmer que le Canada était un État « post-national », donc dénué d’identité nationale! Pas de doute qu’un climat d’inquiétude se soit installé; les gens se demandent à quel point nous devons capituler nos valeurs face à des cultures aujourd’hui profondément meurtries et dysfonctionnelles. Les occidentaux se demandent jusqu’où on ira dans cette dynamique d’excuse et de culpabilité face à l’Autre. Ils se demandent si leurs enfants pourront vivre dans une société libérée des religions et des barrières culturelles qui s’érigent actuellement sous prétexte d’une inclusion factice qui n’entraîne aucune solidarité réelle entre les citoyens. Ils se demandent si c’est la fin du rêve occidental, la fin de la liberté et de l’égalité telles qu’ils les ont connu.


L’extrémisme est une réponse à l’extrémisme


Ces enjeux, même s’ils sont de taille, n’auraient jamais dû dégénérer au point de devenir le théâtre d’une bataille entre extrêmes comme nous le voyons actuellement. Car il faut bien le comprendre : un extrême répond toujours à un autre. L’extrême-droite n’est donc définitivement pas seule face à des options modérées, elle répond à une nouvelle forme d’extrémisme carburant aux idées vertuistes : celui d’un multiculturalisme imposé de force à des sociétés désabusées.


Les chasses aux sorcières sont nombreuses de nos jours chez cette nouvelle « gauche » : censure, ostracisme, diffamation ; tous les moyens sont bons pour faire advenir la société multiculturelle. Toute critique de l’Autre est une atteinte à la dignité, toute affirmation d’identité, un suprémacisme, toute politique le moindrement homogénéisante, un fascisme.


Dans ce climat d’entre-dénonciations, le spectre gauche-droite devient confus : beaucoup font défection à leur camp parce qu’ils y sont démonisés. La vieille gauche laïque se rapproche des conservateurs, la droite religieuse se rapproche de la complaisance gauchiste à l’égard des religions : les cartes sont emmêlées.


Une chose demeure : l’intransigeance des deux options qui a entraîné la désertion des options mitoyennes et du centre modéré. Le centre n’existe plus : on est soit multiculturaliste ou bien on est identitaire. Les extrêmes s’affrontent désormais dans un combat sans merci.


Crier au loup


Et maintenant vous pleurez face à l’avènement de Trump? Face à la montée du FN? Après maints avertissements, après des années de débats qui déraillent, des années d’insultes, vous vous étonnez réellement de la montée de l’extrême-droite? J’en veux particulièrement ici à la gauche, le camp auquel je m’attachais autrefois et qui m’a vertement craché au visage pendant l’épisode de la charte des valeurs et qui pleurniche désormais face à la possibilité d’un retour du balancier. Voilà où vous a mené votre déni. Vous êtes l’artisan de votre malheur. Oui, cette gauche et ces « modérés » qui prônent le dialogue (à sens unique), le progressisme (accommodant les pires archaïsmes), et la révolution (parfaitement irréaliste). Cette gauche qui a crié au loup à chaque fois qu’une voix s’élevait pour prévenir le blocage politique à venir en cas d’inaction. Vous croyez que j’exagère? Ils auront traité Pauline Marois de fasciste et l’auront comparé à Hitler pour sa charte… Ils auront marqué du sceau de l’islamophobie toute critique, légitime ou pas, de cette religion en crise qui enfante actuellement les décapités et les esclaves. Ils auront tenté d’excuser sans relâche le terrorisme islamique en lui attribuant les traits de la maladie mentale, refusant de voir l’éléphant dans la pièce qu’il constituait. Ils auront préféré l’anti-américanisme à la défense de nos valeurs. Ils auront préféré se vanter de leur tolérance empreinte de mépris, lorsqu’ils traitaient les communautés culturelles comme des espèces en voie d’extinction. Et désormais, face à un occident exténué, face à une population contrainte à la polarisation extrême, ils s’étonnent de voir que oui, les sociétés chrétiennes ont une identité, et que par désespoir, elles sont prêtes aux pires extrémités? Des aveugles! De véritables aveugles niant les craintes de leurs peuples, qui désormais tentent en vain de convaincre les désespérés d’être aussi aveugles qu’eux. Triste de constater que l’histoire se répète, et que comme dans la République de Weimar, la gauche ne réalise même pas qu’elle creuse son propre cercueil par son intransigeance. Rosa Luxembourg qui affirmait que l’avenir de l’Allemagne ne se ferait que par le socialisme ou le fascisme? Une idiote, comme ceux d’aujourd’hui, qui n’avait pas compris qu’en forçant un climat apocalyptique, une lutte ridicule entre le bien et le mal, on poussait le peuple dans les bras de l’ordre et de la discipline face au chaos révolutionnaire de socialistes illuminés. Désormais, après avoir fait le vide autour d’eux, les multiculturalistes et les inclusifs fanatiques se demandent pourquoi personne ne leur vient en aide face à Trump, ce loup qu’ils ont tant redouté. C’est bien parce que comme le petit garçon de la fameuse fable, ils se sont discrédités à voir du fascisme et de l’intolérance partout, et que désormais, face à la vraie menace, ils ne disposent plus de la tempérance du centre et des modérés, qu’ils ont finit par dégouter au point de les rendre fatalistes face aux dangers à venir. Donc oui, je suis inquiet à cause de Trump, mais vous ne me ferez certainement pas pleurer car je suis tout aussi inquiet à cause de votre aveuglement sans bornes qui perdure depuis déjà trop longtemps et qui nous a placé dans cette situation intenable.

#POL #ACTU #USA #AFF

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