Les pacifistes, les bellicistes et le besoin d'unité


Nos sociétés sont fondamentalement divisées sur la réponse à offrir aux attentats de Paris. Si les premiers moments de ces tristes évènements engendraient des sentiments plutôt unanimes, force est d’admettre que la conflictualité inhérente au politique commence peu à peu à reprendre ses droits. Le spectre de la guerre, les appels à la paix et, aussi, au racisme, ont apporté des débats, des crispations et des peurs.


D’une part, les pacifistes doivent fournir une stratégie plus étayée et prendre garde à ne pas s’enliser dans une opposition systématique envers leurs concitoyens. D’autre part, les bellicistes doivent prendre garde à ne pas tomber dans la haine et la rage ; leur plan doit être pragmatique et rationnel.


Aux pacifistes


Si vous avancez que les bombes ne règlent rien, ça ne nous informe en aucun cas des alternatives efficaces. L’aide humanitaire? Elle règle les problèmes relatifs aux victimes collatérales, mais laisse la situation militaire intouchée. Formation des combattants? C’est un échec, tout le monde le sait. Sauf Trudeau… Une diplomatie plus conciliatrice? D’accord, mais qu’en penseront les américains, les français, les russes, les iraniens… Assad? C’est justement le blocage diplomatique qui a empêché tout règlement du conflit syrien depuis 2011, et pendant ce temps, 250 000 victimes ont été faites.


L’amour à lui seul n’a jamais été suffisant en politique. Offrez-nous des réponses concrètes à la radicalisation, au djihadisme, à l’État islamique, à Assad, etc. Et surtout, ne tombez pas dans le réflexe scandaleux de faire de l’évènement une tribune pour vos positions anti-occidentales. Car en ce sens vous ne parlerez même plus d’amour; vous justifierez notre souffrance, nous rendant impuissant devant celle des autres et jouerez le jeu de nos ennemis. Bien vite, vous adopterez une posture qui relève carrément de la sédition.


En effet, de manière plus insidieuse, la gauche anti-occidentale tente de capitaliser sur les attentats de Paris. N’ont-ils pas honte d’imposer leurs débats à des sociétés qui ont encore de la misère è se remettre de leurs émotions? N’ont-ils pas honte de nous culpabiliser, nous, blancs, occidentaux, privilégiés ou simplement modernes pour être ce que nous sommes? À l’heure où les djihadistes utilisent essentiellement les mêmes arguments pour justifier leurs attaques, ces sermons sont absolument scandaleux.


Ce n’est pas vrai qu’on ne parle pas des catastrophes ailleurs dans le monde : on en est saturé quotidiennement! On se questionne sur ces enjeux, beaucoup travaillent à leur gestion, des journalistes font le mieux qu’ils peuvent pour relayer l’information, etc. Mais il n’y a qu’à parler d’un évènement affectant les sociétés occidentales pour se faire renvoyer au visage, systématiquement, que nous sommes des privilégiés tenus au silence et à la passivité face au reste de la terre! Pourriez-vous simplement nous laisser ne serait-ce que quelque jours de répit de vos remontrances éternelles?


Aux bellicistes


De leur côté, les bellicistes doivent maitriser leurs émotions et fournir un plan de guerre rationnel, pragmatique, et surtout, fidèle aux idéaux progressiste de la civilisation des droits de l’homme. Ils ne doivent pas tomber dans la stricte vengeance. Ils doivent éviter à tout prix le piège de la haine gratuite.


« La guerre, comme disait Clausewitz, est la poursuite de la politique par d’autres moyens ». Elle ne doit pas céder à l’émotivité; elle doit être le résultat d’une stratégie planifiée de manière pragmatique.


Si les impératifs guerriers sont indéniables, il ne faut pas dépasser le mandat que nous assignent les évènements et tenter de faire passer par la bande des politiques inacceptables. Il ne faut pas non plus en profiter pour viser plus gros que ce que nos forces nous le permettent. La guerre doit être méthodique, prudente, mais efficace.


Cela dit, à l’externe comme à l’interne, des mesures d’exceptions s’imposent. Et non, nous n’assistons pas à l’établissement de l’autoritarisme ou du fascisme dans nos sociétés. Il est parfaitement normal que les démocraties libérales aient des mesures d’urgence ou de guerre impliquant une restriction des libertés civiles.


Je suis d’avis que les circonstances imposent une action forte, mais je reste encore sceptique quant aux stratégies des grandes puissances au Moyen-Orient. Il faudra beaucoup d’habileté pour neutraliser la crise à laquelle nous faisons face et beaucoup de détermination. Les peuples doivent être unis dans cette noble cause et exiger des résultats concrets. Notre premier ministre, en tout cas, vient d’échouer son premier test et semble improviser… Espérons que ça change.


Besoin d’unité


La chose a été soulignée à plusieurs reprises : ce que nous avons le plus besoin en ce moment, c’est d’unité et de solidarité. Il faut se retrouver les uns les autres. Que les uns reconnaissent les impératifs militaires et sécuritaires que nous devons assumer. Que les autres reconnaissent le besoin de tempérance, de justice et d’assistance que nous devons préserver.


L’unité est essentielle car c’est dans nos dissensions que les terroristes viennent jouer. Ils exploitent chacune de nos faiblesses : notre culpabilité colonialiste et impérialiste, nos incertitudes face à la civilisation industrielle, nos craintes apocalyptiques, nos soupçons conspirationnistes, nos phénomènes d’isolation sociale, notre pacifisme parfois imprudent, etc. Il est là, l’entièreté du phénomène de radicalisation : une peur insidieuse dans notre civilisation d’être ceux qui, au bout du compte, ont tort.


Dans tous les cas, il nous faudra développer une stratégie totalisante et inclusive. Il nous faudra nous battre, être fort et responsables, dans l’objectif noble de rétablir une bonne fois pour toute la paix. Le monde est au seuil d’une grande catastrophe si nous ne réagissons pas à temps; une de ses régions est en train de vivre une des plus grandes crises de l’histoire humaine. Elle penche dangereusement vers un chaos généralisé. Soyons unis, forts, et sensibles envers toutes les victimes de cette guerre qui a déjà trop durée. Finissons-la! Et n’ayons pas peur.

#POL #ACTU #POLINT

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