Charte des valeurs, 1/2: La suprématie cultuelle religieuse


La suprématie cultuelle religieuse

On aura parlé beaucoup, dans le cadre du débat sur la Charte des valeurs québécoises, des nécessités impérieuses d’accommodements quant aux pratiques religieuses de certains dévots de cultes institutionnalisés. Ainsi, le centre d’attention semble strictement limité à la minorité considérée comme lésée dans le processus. Et si justement le débat ne concernait pas simplement les minorités religieuses mais bien au contraire la majorité agnostique, athée ou déiste qui compose constamment avec la nécessité de se plier à des étiquettes professionnelles sans possibilité d’accommodement due à leur atomisation effective ? L’injustice réside-t-elle vraiment dans la non-reconnaissance étatique du sacré ou bien n’est-elle pas symptomatique d’une reconnaissance de suprématie cultuelle religieuse sur les valeurs personnelles laïques ?

Reconnaissance tacite du sacré.

Si l’État permet un accommodement c’est qu’au bout du compte il admet une certaine part de sacralité à certains symboles. Les valeurs individuelles doivent courber l’échine face à l’État souverain alors que les valeurs religieuses lui tiennent tête. Et pourtant le consensus existe ; il n’y a aucune raison de ressentir une honte capillaire nous handicapant au travail au Québec. C’est le symbole qui est ici débattu et revendiqué et nous devons bien admettre que le simple laïc restera toujours bâillonné, puisqu’adaptable et se conformant aux étiquettes de travail, alors que son collègue au grand aura de sacralité pratiquante affirmée, pour sa part, dictera sa propre étiquette professionnelle sans considération pour les impératif du domaine de travail qui l’emploie. Il y a donc injustice entre les valeurs personnelles des athées, agnostiques ou déistes puisqu’ils n’ont pas de « trademark » spirituel reconnu leur assurant des droits d’invalidation face à la loi.

Un ésotérisme moderne.

Il y a aussi toujours ce flou ésotérique qui entoure les arguments en faveur du port de symboles ostentatoires. Ceux-ci sont hautement idéalistes, mais aussi grandement relativistes. L’on en dit beaucoup sur l’identité plurielle, sur une panoplie d’arguments émotifs relevant de je ne sais trop qu’elle volonté esthétique face à la froide standardisation néo-colonialiste, mais l’on va rarement expliciter les fondements même de ce symbolisme institutionnalisé qu’on tente de présenter de manière strictement individuelle. Le port d’un symbole ostentatoire est une affiliation à une communauté se soumettant à un dogme institutionnalisé. Qu’on cesse de croire qu’il témoigne d’une sorte de profondeur spirituelle inviolable, mystique et immuable. Qu’on cesse de sanctifier par notre approbation les pratiques cultuelles des communautés religieuses dans l’État en pensant respecter les libertés individuelles; nous créons plus au contraire des symboles de division identitaire collectifs. Une personne pour qui l’appartenance à une umma ésotérique l’emporte sur celle de son état national lui pourvoyant stabilité, paix et sécurité devrait sincèrement repenser à faire la part des choses entre la métaphysique religieuse et la réalité concrète de la parfois rude condition humaine. Une société saine a besoin d’être conséquente envers ses principes et le respect de nos libertés implique parfois des sacrifices au niveau individuel ; les étiquettes vestimentaires étant sincèrement la moindre des choses lorsqu’on ne s’estime pas en tort face à un Dieu, et donc lorsque nos arguments ne résident pas dans un champs de discours irrationnel propre au religions institutionnalisées.

Les laïcs, ces infidèles.

Et que ferons nous donc, pauvres infidèles, sales apostats ayant fait capitulé notre foi face à la pécheresse ambition des États laïcs ? Que ferons donc les masses de moutons insignifiants n’exprimant pas leur « individualité » religieuse ? Puisqu’ils ne font la courbette qu’à dieu, les pratiquants ont le loisir de se rire des courbettes nécessaires au respect des institutions distinctes de leurs cultes. Mais il y a fort à parier que pour sa part l’infidèle acceptera plutôt les contraintes de sa condition puisqu’il basera sa conception de coûts et bénéfices dans un contexte strictement rationnel. Il n’y a rien de honteux à cela. Si telle honte habite le dévot, c’est qu’il n’accepte pas la véritable pluralité spirituelle et idéologique qu’amène la neutralisation de l’espace publique et souhaite plutôt affirmer le caractère distinct et supérieur de son culte en contraignant les autres à lui confirmer la sacralité de ses pratiques. Porter un symbole religieux est un acte de sécession, particulièrement chez les monothéismes.

Entre identitaire et universel

On accuse les laïcistes de vouloir imposer un culte athéiste à l’État, mais le fait d’affirmer le caractère laïc de celui-ci renvoie simplement à l’idée d’un État extérieur à l’organisation et à la pratique des cultes. Que cela soit clair ; la laïcité de l’état n’est pas une affirmation identitaire ethnique mais bien une affirmation de non identification religieuse. Ce qui, au bout du compte, est profondément universaliste.

Évidemment c’est la principale lacune du projet de charte des valeurs que d’être passé de projet laïciste à projet identitaire plutôt tordu, mais il n’en reste pas moins pertinent. Le maintient d’un symbole aussi fort qu’un crucifix veillant sur l’assemblée est inacceptable si l’on veux montrer l’exemple laïciste, mais un rappel à l’ordre d’une étiquette professionnelle de respect envers les institutions étatiques est la moindre des chose en nos temps de corruption généralisée. Je ne dis pas par là qu’il y ait un danger immédiat pour la société civile concernant les cultes, simplement il y a une injustice symbolique qui n’a pas sa place dans le lieu d’étiquettes et de symboles qu’est l’État. D'ailleurs, notez que le symbolisme au sein de l'État sera le sujet de mon prochain billet d'une suite de quatre sur la Charte des valeurs québécoises; je vous convie donc à le lire très prochainement.

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