Oui, je suis occidentalo-centriste (mais vous ne m’embarquerez pas dans vos conneries)


J’avais initialement prévu écrire un billet en réponse à de nombreuses attaques concernant mon « occidentalo-centrisme », expression qui semble toujours utilisée de manière péjorative alors que ce ne l’est pas nécessairement. Je ne m’en cache pas, je suis bien occidentalo-centriste parce qu’en un monde rationnellement occidentalisé et étant occidental moi-même, il serait bien difficile de ne pas l’être! Cela dit, suite aux évènements récents à Boston, j’ai senti l’obligation d’être bien clair : personne ne m’embarquera dans l’émotivité irrationnelle qui suit systématiquement les attentats terroristes sur le sol américain.

En premier lieu, disons-le; les conditions de vie occidentales sont de loin les plus confortables de la planète. Si je me soucie du sort des autres, ce n’est pas en vantant leur pauvreté et leurs travers, dans une espèce de logique chrétienne de fatalisme renonciateur, que j’espère parvenir à un monde meilleur. Je crois en la civilisation, et force est d’admettre que l’Occident en est actuellement le porte étendard.

Il faut cesser la culpabilisation; l’Occident l’a emporté toutes ces années parce qu’il était supérieur. On ne dira jamais que les enfants des favellas sont chanceux de pouvoir jouer à des parties de cachettes incroyables dans les dédales de leur quartier. On ne dira jamais qu’un enfant travailleur de l’extrême orient est chanceux de l’expérience de responsabilité qu’il acquiert. On ne dira pas non plus qu’un syrien devrait être heureux de développer son aptitude à éviter les obus. Vous l’aurez compris, tout cela ne serait qu’absurdité. La civilisation, c’est d’abord et avant tout d’assurer la paix et la stabilité par des institutions et des infrastructures, et si autant de gens sur Terre aspirent à faire leur vie en occident, c’est parce que c’est l’occident qui inspire le plus la quiétude.

Mais on pourrait me répondre que le travailleur chinois y est contraint principalement pour assurer la demande de consommation gargantuesque et suicidaire des sociétés dites « développées ». À cela je répondrais que les entreprises occidentales qui s’établissent en terres étrangères sont certainement à plaindre, mais elles profitent de la faiblesse de régimes corrompus ou répressifs. Il faut que les peuples de ces états en viennent à développer ce sentiment démocratique qui ne manque pas d’être occidentalisant pour en venir à se protéger de l’exploitation à laquelle ils sont soumis actuellement. De toute façons, ils ont pratiquement tout adopté de l’occident! De l’État souverain de type westphalien au Coca Cola, en passant par les voitures, le téléphone, la télévision, l’idéalisme onusien, l’architecture d’acier et les centrales énergétiques. Ils ont tout adoptés, et maintenant, nous irions tout leur bombarder ça parce qu’une poigné de radicaux croient avoir trouvé une alternative à leur situation prolétarienne en tuant trois individus? Il faut vraiment vouloir saboter soit même l’œuvre civilisatrice occidentale…

De plus, s’il y a des problèmes à régler en occident, c’est fort probablement avec des alternatives occidentales ou des pays occidentalisés que nous y parviendrons. Je ne pense pas que nous trouverons de solution claire aux problèmes climatiques chez les populations Touaregs de l’Azawad. Avec tout le respect que je leur porte (j’adore particulièrement la musique malienne et touareg), ils n’ont pas d’infrastructures ou de gens formés pour se pencher sur des problèmes de cet envergure. Ces solutions, elles se trouvent dans les universités et dans les grands centres industrialisés du monde. Encore une fois, c’est en occident ou dans les régions les plus occidentalisées que nous retrouvons ces caractéristiques, c’est donc au sein même de l’occident que se retrouve la solution à ses problèmes et, par extension, aux problèmes du monde.

Maintenant, que certains n’analysent l’hégémonie que sous l’angle de l’impérialisme, et l’impérialisme que sous l’angle de l’exploitation est un frein à toute réflexion rationnelle. On demande un monde uni, mais on ne reconnait pas de légitimité à la culture rationnelle dominante. On rendrait volontiers l’anglais obligatoire à l’ensemble de la population mondiale, mais attention! Il ne faudrait pas toucher à la « culture » d’un tel État mysogine et répressif...! La démocratie libérale, j’en suis désolé, devra triompher. Ce serait tomber dans un relativisme dangereux que de prétendre que toutes les pratiques sociales des peuples se valent et je n’ai aucune difficulté à me proclamer occidentalo-centriste lorsque j’affirme la suprématie de l’État de droit sur tout État où règne l’arbitraire.

Viennent cependant certains moments où le pragmatisme est de mise. Le suspect n’était pas encore identifié en ce qui a trait à l’incident de Boston que les appels à la guerre retentissaient de toute part sur le cyberespace. De glorieux « lorsqu’un état est attaqué! » et d’acides « nous ne nous laisserons pas faire! » se rivalisaient de disproportion avec les conspirationnistes endurcis et les gauchistes excités de voir couler le sang du Grand Capital (Ou Grand Satan?).

J’ai beau prôner la victoire occidentale, toute cette folie de va-t’en guerre me pue au nez. Premièrement parce que nous sommes déjà en guerre. C’est-à-dire que la guerre au terrorisme n’est pas en soi une guerre interétatique et peu resurgir à tout moment. Celle-ci a déjà fait énormément de morts civils au Moyen Orient et en Asie centrale, il est donc carrément absurde d’en appeler à la guerre, c’est justement elle qui s’est rendue jusque sur le territoire américain! Et là on pourra dire d’une manière facticement nuancée que nous voulons plutôt « des frappes » ou des « attaques ciblées ». Je ne serais pas contre si ce n’était des piètres résultats observables dans l’ouest du Pakistan ou au Yémen, alors qu’en ce moment même un drône américain vise peut-être un enfant de 4 ans dans la cervelle. C’est la nouvelle guerre à l’occidentale! Hélas… Mais on va se dire un truc; la guerre n’est pas exclusive à l’Occident, elle n’est qu’une absurdité humaine, et si véritablement l’un s’affirme promoteur de la suprématie occidentale, ce ne sera jamais en vantant ce qu’il a de plus méprisable et de plus communs à tous les peuples. Si l’on pouvait autrefois vanter Rome, c’était pour la Pax Romana. Si l’occident aspire à l’hégémonie, voire même à l’Empire, il devra tout d’abord instaurer la Pax americana ou un concept du style et non une ère de Bellum occidentalis.

En ce sens il est nécessaire d’être pragmatique et de ne pas céder à l’émotivité. Est-ce que la Rome de Marc-Aurèle aurait volontairement agité les peuples germaniques, compromettant la stabilité du système international à cette époque et la pérennité même de l’Empire simplement pour la mort de 3 civils romains? Le jeu n’en aurait pas valu la chandelle et c’est plus que le cas aujourd’hui en ce qui a trait à l « Empire américain ». La force de l’occident, c’est sa culture riche de trois siècles de liberté d’expression, son industrie effervescente et la stabilité de ses institutions. Les États-Unis ont beau posséder une vingtaine de milliers de bombes atomiques, aucune ne lui sera utile pour prévenir des bombes artisanales à la poudre à canon comme celles du marathon de Boston. Comme l’expliquait Gérard Chaliand, à l’heure des guerres asymétriques, le plus fort, confronté à des violences épiphaniques telles que les guérillas et le terrorisme, ne parvient plus à s’imposer militairement. Surtout lorsqu’on considère la grande émotivité des foules occidentales pour des nombres aussi peu élevé de victimes… Si vous êtes à ce point belliqueux pour partir en guerre en un grand « Clash des civilisations », vous ne me convaincrez pas du sang froid nécessaire à une telle entreprise avec vos complaintes de l’occident martyr suivant la mort de 3 personnes… À notre époque, c’est par la persuasion, la paix, le commerce et l’échange de plus en plus accentué de conceptions idéologiques et politiques jusqu’à ce que l’une l’emporte sur l’autre que s’opèrent les vraies conquêtes.

Bref, aller bombarder le monde contre un attentat terroriste obscur est la réaction la plus juvénile qui soit; je ne vous nommerais pas stratège. D’un autre coté, la propension de beaucoup à vouloir voir le méchant occident capitaliste mourir et à légitimer les attentats me dégoûte. D’autres vont même jusqu’à dire que l’occident commandite lui-même ces attentats. Écoutez, peut-être, mais d’ici à ce qu’on le sache, il ne faudrait pas détruire notre démocratie par notre cynisme en se basant sur de telles suppositions. De tous les bords on semble tomber dans l’extrême. Ma position : l’occident doit gagner, mais s’il peux gagner, ce ne sera pas sur les chemins lugubres et incertains de la guerre à outrance.

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