Enfants-rois ? Non. Enfants-terribles.


Avertissement : Le style cru de ce billet est la réponse d’un enfant terrible aux discrédit systématique d’une bonne frange de la population vieillissante. Il exprime un ras-le-bol difficile à contenir. Toutes mes excuses quant à la vulgarité de ma plume.

On aura souvent dit et on dira probablement encore longtemps, dans une totale incompréhension du phénomène, que les jeunes québécois d’aujourd’hui sont des enfants-rois qui veulent « tout gratuit », « tout instantané » et qu’ils sont de profonds enfants gâtés. Laissez-moi, en toute bonne foi, vous expliquer à quel point vous sous-estimez notre liste de cadeaux pour les prochains Noël.

De 1, nous aimons le confort de chaudes petites maisons occidentales où nos parents se meurent devant leur télévision en écoutant La Voix. Mais nous apprécions pas mal plus la chaleur insupportable d’un soleil de Bali, là où on bouffe ce qu’on peut, où on dort dans une tente infesté de bestioles et où nous rencontrons chaque soirs de nouvelles connaissance en nous saoulant la gueule et en se riant de la gravité du monde. Pourquoi ? Parce que nous sommes des enfants-terribles qui se contre-foutent de dormir dans la poussière en autant que la vie en vaille la peine. Voyager est un luxe ? Dans vos tout-inclus de merde ou vos hôtels de luxe où vous vous sentez vraiment king de laisser 1$ de pourboire au serveur alors que ce n’est pas obligatoire et où vous choisissez une excursion pathétique parce que vous avez peur du pays que vous « visitez », je n’ai pas de misère à la croire…

De 2, nous aimons bien nos téléphones intelligents et en achetons régulièrement. C’est un luxe ? Eille, le dinosaure, t’imagines-tu que je vais m’acheter un téléphone de maison un jour ? Et puis si je rachète le nouveau modèle, t’as jamais pensé que c’était peut-être parce que Apple était le champion de l’obsolescence programmée et que ce téléphone que tu vois comme un luxe est en fait une cochonnerie jetable qui me lâche aux deux ans ? Mais je critiquerais cette pratique industrielle révoltante et on m’accuserait d’être un néo-soviétique extrémiste. Eh bien soit, je le suis ; j’emmerde Apple en utilisant tout de même ses produits, parce que je suis un enfant terrible.

De 3, les baby-boomers ont à cœur la santé des gens. Ça s’insurge contre l’obésité et la sédentarité des jeunes. Le soirs venu, les parents mijotent des petits plats aux OGM, aux bœufs constitués de l’eau et des céréales de populations crevant de faim, de poulets industriels ou des derniers poissons survivants d’une extinction en cours pour ensuite exprimer leur profond désarroi de voir une araignée dans leur raisins ou un restaurant perdu dans le fin fond du Turkestan chinois qui cuisine quelques chats errants. Et puis mon enfant-roi, que je ne te vois pas manifester dans les rues, petit idéaliste, revient bouffer ton Monsanto, va te faire vacciner pour une grippe qui tue, comme elle le fait depuis des millénaires, quelques personnes âgées en phase terminale et ferme ta gueule… On est des enfants terribles ; on s’en calisse de vos vaccins et on a pas peur d’admettre qu’on mange de la véritable marde et qu’un jour nous mourrons des cancers qu’elle nous aura refilé.

P.S. Je fume des clopes par véritable dégoût pour une santé qui ne bénéficie qu’à la productivité rentable. Si je peux prendre 15 minutes pour ralentir l’industrieux occident, je vais le faire ; je suis un enfant-terrible et je ne suis pas une foutue machine.

De 4, quand vous me racontez des histoires sur le « bon vieux temps » où, en véritables colons, vous galopiez à cheval sur le boulevard Charest, où votre père vous faisais conduire son pick-up à l’âge de 12 ans, en boisson, où vous vous présentiez sous acides à vos cours avec le regard complice de vos professeurs, où vous baisiez sans craindre pour votre vie, où vous assistiez à des spectacles en plein air sans qu’on vous fouille le trou de cul à la recherche d’une bière, où vous aviez de bien belles routes et où vous aviez la possibilité de vous procurer un beau et pathétique bungalow avec le gros char, la famille et le chien, mais qu’aujourd’hui vous m’envoyez chier du haut de votre Hummer à une intersection bloquée, eh bien je n’ai envie que de vous répondre ; « t’étais mieux en cheval ein mon tabarnak ? » - parce que nous sommes des enfants-terribles et les Trente Glorieuses, elles sont finies saint-ciboire !

De 5, lorsque vous me dites : « dans mon temps on se battait à coup de poings sur la gueule, on se respectait dans l’adversité », je vous réponds que nous, on essaie de le faire, mais que bien souvent, ça se bat à coups de couteaux pour des peccadilles. Nous sommes la génération des bas fonds, on emmerde royalement la police parce qu’elle nous emmerde depuis qu’on a 13 ans @ depuis qu’on a commencé à sortir la nuit avant d’avoir de lieux légaux ou se promener. Bref, on est des flâneurs sans aucun respect pour la notion arbitraire de « flânage ». Nous sommes des enfants-terribles alimentés dès le jeune âge à la Big Ten, au speed, à la E, au weed, aux histoires de coups de couteaux et la police, on la connaît principalement vidant nos bières sur le sol, nous fouillant sans motifs, nous donnant des contraventions absolument injustifiées, nous insultants en nous faisant la morale et nous traquant sans cesse pour passer le temps. Nous sommes des enfants terribles pour qui A.C.A.B. a une profonde signification.

De 6, lorsque je pense à la naïveté des générations de la Guerre Froide, pris dans une dichotomie abrutissante et qui se construisaient des abris nucléaires, je désespère royalement. « C’est passé proche pendant la crise des missiles ! Ouf ! ». Et puis qu’on me vante la mondialisation et le fait que le monde est plus pacifique, je me dis : « Sur quelle planète il vit celui-là ??? ». Nous sommes la génération du terrorisme, des guerres inter-ethniques, des plus grandes famines de l’histoire, de la crise et des émeutes, de la crise environnementale et nous ne serons pas sauvés par la diplomatie, nous. Nous sommes les enfants terribles pour qui la relativisation des choses est trop aisée : bloquer une rue pour protester contre la dégradation générale des forêts, des cultures, des océans, des communautés, des états-providences, de l’atmosphère, de l’eau potable et de la démocratie semble l’acte le plus minimal qu’on puisse exécuter. Votre Guerre Froide : de la petite bière pour des enfants-terribles comme nous.

P.S. La Guerre Froide est terminée ; y’a pas de KGB dans les manifs, relaxez donc un peu bande de Maccarthystes à la noix.

De 7, vos belles petites histoires contre-utopiques à la 1984, Fahrenheit 451, le meilleur des mondes, on vous trouve bien naïfs de les classer dans la section « science-fiction ». Nous sommes les enfants terribles de l’omniscience de l’état et de la propriété. On se fait filmer des milliers de fois par jour, on reçoit des amendes par la poste, on a accès à nos vie privées en quelques clics, Google et Youtube connaissent nos goûts et ils sont désormais marchandise, la bureaucratisation continu sont ascension vertigineuse, on installe des puces dans les sacs-à-dos des enfants, on devient peu à peu des cyborgs, les cieux s’emplissent de plus en plus de drones aux caméras thermiques, ça prend des heures traverser une frontière et on me scrute l’anatomie aux rayons X, on calcule à la goutte près mon shooter au bar, on arme la police anti-émeute d’armes à « létalité réduite » (donc potentiellement mortelle) et j’en passe. Maintenant, on se venge avec nos téléphones intelligents en filmant les actes de brutalité policière et on s’imagine que la légalité de la chose est sujette à débat ? Pour ceux qui le pensent, allez vous faire foutre. Je filmerai ce que je veux, particulièrement si ça protège la société civile, parce que je suis un enfant-terrible traqué par mon grand frère et que bientôt, s’il le faut, je serai contraint de porter une burqa thermique histoire de ne pas me faire harceler par les drones d’un état froid et répressif.

De 8, lorsqu’enfin, ces jeunesses terribles arrivent par centaines de milliers dans les rues vous parler de ce qu’ils aiment (enfin), soit l’éducation, et qu’ils en profitent pour mettre de l’avant l’infinité d’autre sujets qui les inquiète, tapez les un peu à coups de matraques, gazez-les aux grenades, poivrez-les juste à point, discréditez-les dans les journaux et dans les conférences de presse du gouvernement, et vous pouvez être sûr que d’ici quelques années, ils reviendront, criant A.C.A.B., l’internationale ou un autre chant guerrier radicalisé et ils vous diront : « T’étais mieux en cheval ein mon esti ? » - parce que nous sommes les enfants-terribles de la modernité occidentale, et que des foutaises, on en a plein en munition à vous renvoyez par la gueule.

Bienvenu dans les années dix mes chers !

P.S. Dans l’éventualité où nous serions réellement des « enfants-rois », qu’y a-t-il de pire, les enfants ou les parents qui les ont élevé ?

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